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« Le livre de Kells » Sorj Chalandon – Grasset, 2025

Prix Médicis pour « Une promesse » et lauréat du Goncourt des Lycéens 2013 pour « Le quatrième mur », après avoir été journaliste à Libération puis au Canard enchaîné, Sorj Chalandon nourrit ses écrits de ses traumatismes et de ses révoltes. Victime d’un père psychopathe, il raconte la maltraitance subie durant son enfance dans « Enfant de salaud » et « Profession du père ». Sensible à toute forme d’injustice, il fustige l’hypocrisie et la trahison dans « Mon traître » très remarqué et récompensé en 2008.

« Le livre de Kells », son dernier ouvrage paru cet été, revient sur ses années de vaches maigres, lorsqu’à 17 ans, émancipé par son père, sans doute soulagé de se débarrasser d’une bouche à nourrir, il quitte sa « famille » pour se retrouver seul dans les rues de Paris après quelques errances en Camargue et à Lyon. Vache maigre, mais aussi enragée, car le jeune Sorj, qui adopte le patronyme de Kells, est très vite adopté par un groupuscule d’extrême gauche qui l’embarque dans ses commandos de protestation anticapitaliste. La castagne est souvent au rendez-vous face aux factions néofascistes d’Ordre Nouveau qui deviendront, peu de temps plus tard, le Front national lepéniste. Ce sont les années tout juste post-soixantuitardes. Paris est violent, sa société (déjà) fortement polarisée entre idéal de justice sociale et restauration du culte famille/patrie. Dans son livre, Sorj Chalandon raconte comment, jeune homme de 20 ans à peine en pleine quête d’identité, il commence à se libérer des séquelles de la tyrannie du père et de se reconstruire sur les valeurs d’humanité et de solidarité auprès de celles et ceux qui lui auront tendu la main pour sortir du caniveau et croire en l’avenir. Un récit dur, désenchanté et optimiste à la fois. Tout le talent de Sorj Chalandon qui livre sa propre histoire pour dire à tout un chacun qu’il est possible de rebondir et, tel le phénix, renaître de ses cendres.